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Le procès de Boucle d'Or

 


Petite ours :

Ah la peau de vache ! La garce ! Il a fallu qu'elle me dénonce ! Je suis sûr que c'est parce que je n'ai pas pu lui apporter des bonbons.
C'est quand même pas de ma faute, À force de lui en donner je n'en avais plus et maman ne voulait pas m'en donner en plus. Elle dit que ça abîme les dents.
Et puis c'est mal tombé, en plein le jour d'un test de math super difficile!

Boucle d'or:

Ah ben ça lui apprendra ! Il a qu'à travailler, c'est trop facile, le seul effort qu'il fait c'est de ne pas se faire prendre par la maîtresse en copiant sur moi. Et puis en plus, la maîtresse pourrait penser que je suis complice, ah non alors !

Papa ours :

Ben forcément, j'ai dû lui passer un savon.
Pauv'gosse...c'est maman qui m'a obligé. C'est pour son bien qu'elle dit.
Moi j'peux pas dire que j'étais brillant à l'école mais je ne me faisais pas prendre, voilà tout.
D'ailleurs c'est trop facile, je suis sûr que c'est à cause d'elle que la réserve de bonbons est partie. Il est malin le petit, il devait lui donner des bonbons pour qu'elle le laisse copier, sacré fiston !
En fait c'est ça, elle n'a aucune morale cette gosse, elle profite des bonbons et elle le dénonce ! Franchement !

Mais je vais le venger, il n'en saura rien mais on ne peut pas laisser passer ça, c'est trop injuste.

Maman ours :

Je sens papa ours parti sur un mauvais coup, il y a gros à parier qu'il va vouloir se venger de cette gosse !
C'est sûr que copier c'est pas beau mais enfin, c'est pas non plus dramatique... après tout c'est comme ça que j'ai rencontré papa ours, on était assis l'un à côté de l'autre et je le laissais copier sur moi pendant les tests. Alors pour me remercier il m'a invité à dîner un soir...

Boucle D'Or :

Je connais petit ours, mesquin comme il est, il va prétendre que c'est parce qu'il ne m'a pas donné de bonbons et que je me suis vengé...pffff.

Et le week end, Boucle D'Or qui passait devant chez les ours chaque fois qu'elle rentrait chez elle, remarqua que la porte d'entrée était entre ouverte et que les lumières étaient éteintes.
Curieuse elle s'approcha de la maison, regarda par la fenêtre et remarqua qu'il y avait un sachet de bonbon sur la table du salon, ses préférés !
Alors elle poussa la porte et entra...
La suite des évènements est suffisamment bien décrite dans le conte alors nous la sauterons et reprendrons le récit quand Boucle d'or s'enfuit en courant.

Après l'arrestation de Boucle d'Or :

Boucle D'Or :

C'est odieux ! C'était un coup monté.
La minute que je suis sortie de leur maison je me suis fait arrêter !
Je me suis bien fait avoir...
Quand j'ai vu la porte ouverte et les lumières éteintes, je me suis dit qu'il était arrivé quelque chose ! Je voulais aider quoi !

Papa ours :

Haha ! Ça a marché comme sur des roulettes ! Ça lui apprendra à cette pimbêche ! J'ai tellement hâte de voir le procès. Je n'ai aucun doute ! Elle n'a aucune défense, elle va en prendre plein sa petite tête blonde.

Petit ours :

Quand même papa y est allé un peu fort avec son piège. Et puis je m'attendais à être puni. Je le méritais un peu quand même.
On dirait presque que c'est lui qui s'est prendre à copier, il ne parle plus que de ça.

Le procès

Boucle d'Or :

Tiens c'est curieux, il me semble avoir déjà vu ce juge quelque part...

Le procureur :

"Ce qu' a fait Boucle d'Or est infâme !
S'introduire chez d'honnête citoyen afin de dérober des bonbons qu'elle recevait d'un pauvre ours qui croyait être son ami !
Mais le pire c'est cette hypocrisie incroyable qui l'a poussée à dénoncer son ami, qui par pur amitié se sacrifiait en lui donnant ces friandises qui lui était destiné!
La minute, que dis je, la seconde qu'il n'en avait plus, elle le dénonce !
Et qu'est ce qu'il prouve qu'il était entrain de copier d'abord ?
Y avait-il des témoins ?
Quel était son alibi ?
Pourquoi aurait-il copié?
Petit ours est très intelligent, la dernière chose qu'il aurait eu envie de faire était de copier des résultats approximatifs d'un test de math.
D'ailleurs qui nous dit que ce n'est pas le contraire qui s'est produit ?
Que Boucle d'Or étaient entrain de copier sur petit ours et que pour éviter de se faire prendre elle a préféré prendre les devants!

Car ne l'oubliez pas, la meilleure des défenses est l'attaque ! Nous le savons bien, nous les magistrats.
C'est logique, car sitôt petit ours dénoncé, la maîtresse a déchiré sa copie, du coup la preuve que c'était Boucle d'or qui avait copié, avait disparu.

D'ailleurs il est fort possible que ce qui a attiré cette malfaitrice dans la maison des 3 ours, ce ne sont pas seulement des bonbons mais d'excellents devoirs de petit ours sur lesquels elle avait copié et qu'elle comptait faire disparaitre.
Voilà Messieurs et Mesdames les jurés, ne vous laissez pas attendrir !
Punissez-la et rendez justice à la famille des Ours !"

L'avocat de la défense :

"Je tiens à dire tout d'abord que je suis outré ! Oui, outré qu'on puisse incriminer une jeune fille innocente et qu'on se laisse influencer par l'aspect de nounours adorable qui cache les pires machinations d'une famille immorale et cruelle.
En fait ce n'est pas tout à fait de la faute du petit ours, il faut le reconnaître.
Remontons à ses parents. Son père, qui lui aussi, j'ai le regrêt de vous informer, était l'ultime cancre ! Pour preuve nous avons retrouvé son dossier scolaire qui en dit long.
On remarque que l'année où il a rencontré sa femme, ses notes sont remontées par magie.
Or il n'y a certainement rien de magique à ça. Comme vous avez pu le deviner, il copiait purement et simplement sur Maman ours comme la disposition de la classe le prouve !
Donc de copier sur sa voisine était déjà dans ses gênes, c'est évident.
Il faut aussi considérer les bonbons.
Qui pourrait tenter de se servir de bonbons pour se frayer un passage jusqu'à la fin de sa scolarité s'il n'est lui-même élevé par une famille totalement corrompue ?

Et pour finir, il y a le piège, ce piège odieux qui a consisté à attirer ma cliente dans leur maison afin de la faire arrêter.
Qui oserait faire une chose pareille ?
Qui oserait se servir de la compassion  d'une enfant irréprochable pour l'attirer dans un traquenard ?
Et bien oui, ce n'est pas Boucle D'Or qui devrait être sur le banc des accusés mais cette famille sans honte et sans morale !
S'il vous plaît Mesdames et Messieurs les jurés, ne donnez pas raison aux machinations infernales mais plutôt à la vertue et au rude labeur d'une écolière modèle."

Le juge :

Coupable, elle est coupable ! Le jury a raison, pénétrer chez autrui est odieux !
Bien sûr elle n'allait pas dévorer les ours mais quand même!
Ce qu' il faut c'est une peine exemplaire, une peine qui dira au monde entier qu'une maison qu'elle soit en paille, en bois ou même en brique, c'est sacré !

Si la loi me le permettait, je pense que je la plongerais dans une marmite d'eau bouillante, mais voilà, maintenant on appellerait ça de la cruauté.

C'est pourtant pour ça que loup n'était jamais revenu chez moi et que mes frères ont pu être sauvés.

Qui sait ? À la première occasion elle recommencera ! Malgré son air angélique est son soi disant goût pour tout ce qui est raisonnable...

Donc la punir sévèrement oui, mais  en même temps avec une peine qui dédommage ces ours (et pas avec des bonbons)...voyons...

Oh mais je sais, je vais lui faire construire une maison de pures briques pour la famille ours. Ha ha ! Je la vois d'ici avec sa truelle pas trop grande ni trop petite ! Pareil pour les briques !
Elle va nous emmerder avec la taille des briques aussi, c'est sûr. À la première requête de ce genre, je lui proposerai une peine de prison moyenne si elle préfère, avec une cellule moyenne rien que pour elle, ce sera parfait, on va rire tiens !

Boucle D'Or :

Mon Dieu ! Ça y est ! Je sais qui est ce juge. C'est le cochon de la maison de briques, celui qui a ébouillanté le loup !
Oh non !

Le juge :

"Accusée levez-vous !"

La valise

La valise.

Tous les ans le couple partait en vacances au même endroit, absolument tous les ans !
Jean ne supportait même pas l’idée de changer de destination.

Suzanne en revanche aurait bien voulu aller ailleurs. D’ailleurs tous les ans elle insistait pour qu’ils se renseignent sur une autre destination ! 
Mais non, Jean mettait toujours fin à la discussion de la même manière...ça l’angoissait beaucoup trop de changer d’endroit.
C’était d’ailleurs le maître mot...l’angoisse, il n’avait que ce mot à la bouche !
Le moindre changement ou contrariété le plongeait en transe !

On ne peut pas dire que Suzanne s’y était habituée, mais elle était obligée de faire avec car quand il ne contrôlait plus son angoisse, il se mettait à crier, à la harceler, à l’accuser d’être responsable du problème qui l’angoissait, bref un enfer.
Donc elle cédait à chaque fois, que ce soit pour ces éternelles vacances ou toutes autres choses comme le menu du dimanche, ou la promenade du samedi...etc.

Depuis quelques temps, Jean avait un nouveau sujet d’angoisse qui le taraudait. C’était sa mémoire. Il avait toujours l’impression d’oublier des choses, et plus il s’angoissait, plus il était distrait...etc.
Suzanne ne pouvait même pas lui être d’un grand secours car s'il égarait ses lunettes, il refusait toute aide de sa femme. 
Pourtant Suzanne savait exactement où elles étaient mais si jamais elle le lui disait, il se mettait en colère car il fallait qu’il les retrouve tout seul ! Ça faisait travailler sa mémoire !
D’ailleurs il trouvait que c’était drôlement égoïste de sa part de vouloir l’aider seulement pour avoir la paix, ça ne faisait qu’entretenir son mal. Donc il était normal qu’elle supporte ses “occasionnelles” sautes d’humeur quand il ne retrouvait pas un objet.

Cette année, alors que le couple partait en vacances, il oublia de récupérer sa valise à la descente du train. 
Il faut dire que pour Jean, descendre du train était toujours stressant car il avait toujours peur de rater sa gare ! Il fallait toujours qu’il soit le premier devant la porte du wagon car les trains restaient tellement peu de temps à quai ! Et puis tous ces gens qui voulaient descendre...et une fois descendus il y avait une marée humaine qui voulait monter et qui vous empêchait de descendre...d’ailleurs une fois il avait bien faillit rester coincé dans son wagon !

Alors comme tous les ans ils prirent le taxi à la descente du train pour se rendre à l’hôtel habituel où, Dieu merci, la même chambre était disponible, pas comme l’année où...bref, ça avait été terrible...
mais au moment même où ils rentraient dans la chambre, Suzanne se rendit compte de quelque chose d’horrible ! Jean n'avait pas sa valise !

Elle se sentit vaciller non pas à cause de la gêne occasionnée, car en vacances on avait pas besoin de grand chose, d'ailleurs il aurait suffi d’acheter quelques broutilles...
Non le vrai problème était la réaction de son mari quand il allait s’en rendre compte !

Elle se demanda quand lui annoncer. Si elle lui disait tout de suite, ce serait affreux car il était déjà énervé par le voyage...
Si elle attendait trop, il lui reprocherait de lui cacher des chose !

Alors s’ensuivirent quelques minutes de flottement où Jean, qui se sentait vaguement coupable d’avoir contraint sa femme à passer ses vacances toujours au même endroit alors qu’elle aurait voulu aller ailleurs, faisait des efforts pour être gentil.
Il lui confiait qu’il se sentait moins angoissé que d’habitude, que son état était peut-être entrain de s’améliorer, qu’avec ses vieux jours il serait plus calme ! Et que peut-être il pourrait choisir un nouvel hôtel un de ces jours !

Suzanne n’entendait qu’un brouhaha d’où quelques mots clés émergeaient (angoisse, calme, vieux jours), bref le bruit de ses propres pensées anxieuses couvrait la voix de son mari.

Elle se surprit même à éprouver de la sympathie pour son mari en ressentant ce puissant sentiment d’angoisse à l’idée de la scène qui allait exploser sitôt qu’il se rendrait compte de l’oubli. Elle se disait que l’angoisse pouvait être une véritable souffrance !
Elle imaginait Jean se débattant pendant des années dans ce tunnel sans fin !
Elle comprenait mieux le supplice de son mari alors qu’elle même était incapable de se concentrer ce qu'il disait à cause de sa propre angoisse.

Et c’est au milieu de cette réflexion qu’elle perçut un changement...
la pièce était soudainement devenue silencieuse, trop silencieuse, son mari s’était tu.
Et il ne pouvait y avoir qu'une seule raison à ça !

Elle tourna les yeux vers lui, il était planté au milieu de la chambre et regardait fixement la valise de sa femme. Son bras droit était tendu vers l’avant sa main légèrement ouverte comme si elle tenait quelque chose. 
En fait tout son corps avait l’attitude de quelqu’un entrain de déposer quelque chose. Il faisait ce qu’il avait fait des dizaines de fois dans cet hôtel. Il était entrain de déposer sa valise précisément à côté de celle de sa femme. Sauf qu’aujourd’hui il n’avait pas de valise à la main.
Ça lui parut tellement énorme qu’il en oublia sa stratégie habituelle de résoudre le problème lui-même afin de lutter contre ses défaillances de mémoire, et d’une voix étrangement calme il demanda :

“Chérie...ma valise ?”

Elle bredouilla : “j’voulais pas te le dire car tu essaies toujours de résoud...”

Il la coupa : “ma valise ? où est ma valise ?”

Ils étaient tous les deux face à face, tremblant de tous leur membres.

Il n’y avait rien à faire il fallait qu’elle le lui dise...

“...oublié dans le train”

Il lui répondit calmement en détachant ses mots: “dans le train !”


Suzanne en voyant son mari étrangement calme se dit qu’après tout, ça n’allait pas être si grave ! Et elle se lança dans une grande tirade comme quoi ils pourraient acheter un teeshirt, un maillot ! Qu’ils partageraient la brosse à dent pour faire des économies, qu’au bout de 30 ans de vie commune on peut se permettre ce genre de chose et...

“Ma valise dans le train ?"

Cette simple petite phrase se répandait dans son corps par vagues, un peu comme la fois où le docteur lui avait fait une piqûre de tranquillisant...sauf qu’au lieu de sentir une douce quiétude l’envahir, c’était un pur flot d’angoisse qui prenait le contrôle de son esprit !

Alors il explosa, il accusa sa femme d’avoir prémédité ce coup pour lui faire perdre la tête ! Tout ça parce qu’elle voulait partir ailleurs en vacances. Voilà ce qu’il était pour elle, un boulet ! En fait, tout ce qu'elle voulait, c'était aller passer ses vacances dans un de ces endroits vulgaires qu'elle lui montrait dans ses magazines !
Et ce n'était pas la peine de venir le voir dans l'asile où il finirait sa vie entre un violent psychopathe et une infirmière alcoolique ! Parce qu’il saurait bien que la véritable raison de sa visite serait de se déculpabiliser avant de faire Dieu sait quoi pendant ses vacances !
Elle lui faisait ce coup-là à un an de la retraite, juste au moment où il allait enfin pouvoir profiter de la vie !

Jamais Suzanne ne s’était trouvée autant insultée lors des crise de son mari, alors elle l’interrompit au milieu de sa phrase même si elle savait que c’était la dernière des choses à faire, car d’habitude ça le faisait redoubler de colère !

“Mais enfin c’est pas de ma faute si TU as oublié TA valise dans le train”
Suzanne le savait, c’était brutal !

Jean s’arrêta court ! Les mots de sa femme jetèrent dans son cerveau échauffé l’équivalent d’un jerricane d’essence ! Oui, bien sur c’était lui qui l’avait oublié ! Mais alors les choses étaient beaucoup plus graves qu’il le pensait ! Il perdait vraiment la tête ! Il perdait complètement la mémoire...
Alors son état changea du tout au tout...il s’effondra en lui-même, se tourna vers sa femme et lui déclara !

"Ça y est ! C'est la maladie d'Alzheimer !"

Suzanne complètement retournée, écoeurée dévastée d’avoir été soupçonnée par son mari de vouloir se débarrasser de lui, voulu se venger...

Et elle répondit : “Oui”

S’ensuivit un grand silence...Jean se débattait contre ce qui lui semblait une évidence maintenant. Non, ce n’était pas possible, une fin atroce l’attendait ! Juste à l’orée de sa retraite ! Non ! Pourtant il venait d’aller voir le docteur quelques jours auparavant pour faire un examen détaillé pour être sûr qu’il pouvait partir en vacances !
Son médecin, qu’il consultait très très très régulièrement l’avait longuement rassuré ! Il était en parfaite santé, oui il fallait absolument qu’il parte...etc.

Alors il s’adressa à Suzanne avec une pointe de supplication dans la voix et lui dit : “Mais enfin Suzanne, je viens d’aller voir le docteur, il n’a rien vu du tout ! Si j'avais la maladie d'Alzheimer il me l'aurait dit ! Qui donc a pu te faire part d’un tel diagnostique, qui ? Dis-moi !”

Et il se tut, retenant sa respiration, se préparant mentalement à accuser le coup.

Suzanne le regarda longuement et lui répondit simplement : “toi”.